Jérôme Cornuau nous livre l’adaptation de la série culte des années 70, Les Brigades du Tigre, avec comme trio de tête Clovis Cornillac, Olivier Gourmet et Edouard Baer.
L’adaptation de séries télé en France est un genre plutôt moribond comme on a pu s’en apercevoir récemment avec
Belphégor ou encore
Arsène Lupin. C’est donc avec la plus grande appréhension que l’on aborde ces brigades du tigre dont le réalisateur a des états de faits assez inquiétants :
Bouge ! et
Folle d’elle. Mais que l’on se rassure, on se retrouve ici devant une adaptation plutôt réussie et ambitieuse, chose assez rare en France pour être soulignée. Resituons l’histoire : en 1907, une vague de crimes sans précédent ensanglante la Belle Époque. Face aux bandits d’un nouveau siècle, le Ministre de l’Intérieur Georges Clemenceau crée une force de police à leur mesure : les Brigades Mobiles. 1912 : la France entière les connaît sous un autre nom : les Brigades du Tigre. Ses membres vont avoir fort à faire avec un anarchiste très dangereux du nom de Bonnot et vont se retrouver également face à un vaste complot au cœur de la Triple Entente pour laquelle la France et la Russie sont en train d’effectuer un rapprochement.
Les Brigades du Tigre est le genre de film qu’on ne s’attendait plus à voir dans le cinéma français. Alors que le film de genre a du mal à prendre la plupart du temps chez nous,
Jérôme Cornuau nous livre ici une œuvre qui s’assume pleinement comme un gros film d’action bien français, voir franchouillard (il faut dire que l’histoire s’y prête), tout en y incorporant un scénario plutôt convaincant et pédagogique sans tomber dans le didactisme lourd. Ajoutez à cela une interprétation irréprochable réalisée par un casting des plus talentueux qu’on ait pu réunir depuis belle lurette et vous obtenez un film vraiment recommandable. Oubliez les
Bouge ! et
Folle d’elle pour lesquels il a visiblement plus cachetonné qu’autre chose car
Jérôme Cornuau nous livre une mise en scène habile, maintenant le film dans une noirceur quelque peu inattendue, bien appuyée par une bande-son limite dépressive qui souligne tous les tourments de l’histoire. On baigne ici dans une atmosphère quasi-apocalyptique, le film se déroulant juste avant la Première Guerre Mondiale où les anarchistes sèment le trouble. Même si par moments, la réalisation est un peu trop théâtrale avec des passages de dialogues alambiqué et quelques petites longueurs vers le milieu du film, la tension ne faiblit que rarement grâce à une pléiade d’acteurs vraiment bons interprétants des personnages qui sont tous assez bien présentés, de façon à leur conférer une réelle profondeur psychologique, et grâce également à une mise en scène nerveuse des scènes de combats et de fusillades.
Clovis Cornillac, que le public a pris l’habitude de voir dans des comédies, montre qu’il est bel et bien également un acteur dramatique très convaincant, nous restituant un commissaire Valentin tourmenté entre son devoir et ses convictions personnelles. Il forme avec
Olivier Gourmet et
Edouard Baer un trio assez fidèle à la série originale.
Olivier Gourmet est à l’aise, comme d’habitude, dans son rôle de bourru à l’accent du sud tandis qu’
Edouard Baer trouve enfin un rôle à contre-emploi saisissant dans lequel il est à la fois effrayant et séduisant. Le trio de tête est également très bien entouré.
Diane Kruger incarne à merveille la Princesse russe voulant mettre un terme aux agissements de son mari,
Jacques Gamblin, malheureusement trop peu présent, restitue tout de même un Bonnot rageur et convaincant,
Stefano Accorsi est à l’aise dans son rôle de jeune recrue italienne et
Thierry Frémont démontre qu’il est capable de revêtir à peu près n’importe quelle personnalité et offre encore ici une belle prestation en brigand russe. Ajoutez à cela des seconds rôles appliqués tels que
Léa Drucker ou
Gérard Jugnot, et l’on obtient un produit de luxe assortie d’une réelle qualité. On pourra aussi saluer la reconstitution très fidèle des décors de l’époque qui confère un vrai charme rétro au film, chose appuyée par un phrasé d’époque assez truculent.
Jérôme Cornuau nous montre donc que le cinéma français peut aussi oser en produisant du film d’action grand public et intelligent. Si certains pouvaient s’en inspirer… Film d’action à grand spectacle porté par une intrigue solide et des acteurs convaincants, Les Brigades du Tigre ne se perd que rarement dans quelques petites longueurs, excusables devant le pari osé de proposer un divertissement de luxe captivant et intelligent. Le genre d’initiatives dont le résultat bien maîtrisé fait plaisir à voir.