Shirley et Dino passent de la télévision au cinéma avec Cabaret Paradis. Pour un résultat surprenant...
Cabaret Paradis est un film de
Corinne et
Gilles Benizio. Si ces noms ne vous évoquent rien, vous connaissez peut-être ce couple sous le nom de Shirley et Dino, artistes de cabaret révélés dans l’émission de Patrick Sébastien. Leurs velléités cinématographiques se voient matérialiser pleinement aujourd’hui avec ce film où ils sont scénaristes, réalisateurs et acteurs. Ils reprennent les rôles qui les ont fait connaître et les transportent dans une toute nouvelle aventure. Shirley et Dino, employés dans une fête foraine, héritent d’un oncle un cabaret en plein Pigalle. Les choses se gâtent lorsqu’ils découvrent que l’établissement n’est pas dans le meilleur état, aussi bien au niveau des locaux, du spectacle ou des recettes, et que l’oncle l’avait perdu au poker. S’ils ne trouvent pas une grosse somme d’argent d’ici une semaine, le cabaret reviendra au propriétaire de la boîte de nuit voisine. Ce scénario ultra convenu est exposé en cinq minutes, les réalisateurs montrant leur intérêt limité pour l’intrigue en faisant coïncider cette durée avec celle du générique. La trame est prétexte à mettre en scène des personnages beaucoup plus réjouissants. Outre les habituels Shirley et Dino, nous rencontrons toute une pléiade de personnalités pour qui la réussite est un doux rêve. L’équipe du
Cabaret Paradis est composée d’inadaptés dont les talents artistiques sont contestables et dont la seule force est la plus puissante de toute, l’union. De l’autre côté, deux pieds nickelés essaient de les ruiner.
Munis d’un casting en béton pour camper les différents rôles,
Corinne et
Gilles Benizio peuvent s’exprimer librement. L’humour fonctionne entre les réactions absurdes de personnages, les petites piques de Dino et le sens de la répartie proche du zéro de Shirley. Déjà vus chez
Albert Dupontel,
Serge Riaboukine et
Michel Vuillermoz « de la Comédie Française » rajoutent toutes leurs saveurs au tout. Le tour de force de
Cabaret Paradis réside dans les scènes de spectacle. La fusion entre ces éléments et le reste du film était à craindre mais celle-ci est parfaitement réussie par les deux réalisateurs. La spontanéité du jeu d’acteur est saisissante, souvent aidée par les réactions naturelles du public filmé, et aucune longueur n’est à déplorer malgré la multiplication de ces passages. Pour peu que les spectateurs autour de vous soient bien plongés dans l’ambiance, vous ne saurez plus si les rires viennent de la salle de cinéma ou des bruitages du film. Il ne vous restera plus alors qu’à vous laisser emporter dans ce raz-de-marée.
Corinne et
Gilles Benizio réussissent donc le tour de force de saisir la spontanéité d’une performance live, l’une des choses les plus difficiles au cinéma. Le dispositif mis en place est minimal, l’essentiel de l’action se passant dans le cabaret ou juste devant celui-ci. Le couple ose parfois quelques idées de réalisation, laissant apercevoir un style qui pourrait très facilement évoluer vers l’onirisme poétique. Le tout respire la sincérité et la passion comme on ne l’a pas vu depuis… une semaine avec
Enfermés dehors ! Le parallèle entre les deux comédies françaises originales est facile : des acteurs en commun, des réalisateurs passés chez
Ariane Mouchkine et révélés par Patrick Sébastien… Si l' apport musical de l'auteur du
Petit bonhomme en mousse est contestable, la comédie française va commencer à devoir beaucoup à cette figure télévisuelle. Shirley et Dino réalisent la fusion réussie entre cabaret et cinéma pour notre plus grand plaisir.