14 ans après le film de Paul Verhoeven avec Michael Douglas, Sharon Stone reprend le rôle de Catherine Tramell en prenant cette fois pour cible David Morissey.
On peut se demander l’utilité d’une suite à
Basic instinct, le film de
Paul Verhoeven qui avait choqué les âmes sensibles et ravi la plupart des cinéphiles lors de sa sortie en 1992. Le film avait su s’instaurer comme une référence dans le genre du thriller érotique et le couple
Sharon Stone/
Michael Douglas fonctionnait à merveille. Alors nous voilà donc en 2006 et nous arrive
Basic instinct 2, film en préparation depuis une bonne dizaine d’années déjà, projet maudit qui passa de réalisateur en réalisateur avant d’atterrir dans les mains de
Michael Caton-Jones, réalisateur en général peu inspiré. Là, on se dit « aïe » car ce genre de film mérite quand même un minimum d’engagement. Point de complication dans le scénario de cette suite qui nous fait assister aux nouvelles pérégrinations de Catherine Tramell qui a émigré à Londres. Alors qu’un de ses camarades de jeu est retrouvé mort, on la confie au Docteur Andrew Glass afin que celui-ci l’examine. Mais, comme avec Nick Curran quatorze ans auparavant, un dangereux jeu de séduction s’instaure entre les deux protagonistes.
Avait-on raison de craindre que le film se fasse sans
Verhoeven ? Assurément. Disons-le tout de suite, le film n’est tout de même pas une catastrophe, loin s’en faut. Ainsi, les spectateurs n’ayant pas vu le film original pourront prendre
Basic instinct 2 comme un gentil thriller, certes un peu lambda mais qui pourrait presque tenir la route si les scénaristes n’avaient pas cru bon de flanquer un retournement de situation final des plus risibles. On a d’ailleurs l’impression que pratiquement tout ici tourne à la parodie avec un second degré (volontaire ?) tout de même assez déconcertant. En effet, pour les nombreux admirateurs du premier opus, ce
Basic instinct 2 peut être une franche poilade tant il fait figure de copie au rabais. On est ici devant un grand film malade, victime du peu d’engagement de son metteur en scène, qui était pourtant bien parti avec une scène d’intro bien sentie mais qui par la suite filme de manière flemmarde. Erreur grave car le personnage principal du film, qui s’avère être moins Catherine Tramell que le Docteur Glass, est ici interprété par un David Morissey dont le charisme doit au moins égaler celui d’un poivron. Passons également sur les performances des pourtant habituellement bons
David Thewlis et
Charlotte Rampling, le premier cabotinant au maximum et la seconde héritant d’un rôle de faire-valoir assez dégradant.
Le problème de la version proposée en salles est qu’il s’agit en fait d’une version épurée faisant plus office de film psychologique mou que de thriller érotique à cause des franches coupes entreprises. En effet, toutes les scènes chaudes montrées lors de la promotion ont été enlevées pour cause de censure américaine qui classait en l’état le film avec une interdiction aux moins de 17 ans, chose qui avait de quoi gêner les studios. On a donc droit à une version light, sorte de film bavard digne d’une deuxième partie de soirée à la télé, qui se suit sans réel ennui mais dont on aurait pu se passer. Il faudra donc attendre la version non censurée en DVD pour pouvoir visionner le film tel qu’il a vraiment été pensé. Pour finir sur une note tout de même positive, on pourra saluer le seul élément qui sauve la présente version du naufrage : la prestation de
Sharon Stone. A l’âge de 48 ans, l’actrice n’a pas pris une ride et nous gratifie d’une interprétation qui vaudrait presque à elle seule le détour. Elle nous interprète une Catherine Tramell un peu plus désabusée que dans le premier volet mais toujours aussi dangereuse, portant une nouvelle tenue affriolante à chaque scène. Le film lui doit finalement beaucoup et le réalisateur ne s’y est pas trompé en abusant de gros plans sur une Sharon qui ne se prive pas pour en faire beaucoup en frôlant la caricature, mais elle le fait plutôt bien. On préférera attendre sa sortie en DVD dans sa version non censurée. Cette version est en effet épurée de tout passage érotique, ce qui nuit grandement à la force au récit. On est ici devant un film psychologique plus bavard qu’autre chose. A voir à la limite pour Sharon Stone qui n’a pas pris une ride et n’a rien perdu de son talent.