|
Critique : Aurore |
 |
|
Nils Tavernier réalise son premier long-métrage avec Aurore, hymne à la danse sous forme de conte, avec en tête d’affiche François Berléand et Carole Bouquet.
Projet intriguant que ce Aurore. Nils Tavernier, réalisateur de documentaire, choisit pour son premier long-métrage un terrain difficile. Il mixe le conte, genre assez peu pris au sérieux dans le cinéma actuel, avec sa passion de la danse, déjà montrée avec son documentaire Tout près des étoiles en 2001. Nous voici donc transposé dans un endroit indéfini, dans une époque indéfinie. La princesse Aurore y danse, admirée par son petit frère. Supportée par sa mère, elle est toutefois sévèrement réprimée par son père, le Roi, qui a interdit la danse dans son royaume depuis des années. La mauvaise situation financière et les conseils de son bras droit le poussent toutefois à organiser des bals pour la marier. A cette occasion, elle tombe amoureuse du peintre qui devait faire son portrait. Reprendre la figure du conte est une bonne idée, encore faut-il si intéresser et la traiter correctement. Les dialogues, tout droit issus d’un livre, ne passent à aucun moment et les acteurs n’arrivent jamais à rattraper cet aspect trop superficiel. Il faut bien le dire, Nils Tavernier semble ne pas s’intéresser une seconde à son scénario de conte naïf. La preuve est le traitement de l’événement qui clôt l’intrigue principale. Le réalisateur ne fait aucun effort pour le dramatiser et le traite en dix secondes top chrono. Et oui, personne ne dansait dans cette scène.
Le scénario n’est en effet qu’un prétexte pour enchaîner les scènes de danses, de manière très maladroite. Nils Tavernier introduit à trois reprises des danses avec la légèreté d’un étudiant faisant son premier oral (« je vais vous présenter la danse de mon pays ») et semble oublier tout principe de transition entre les séquences. Les scènes oniriques arrivent avec le même air forcé mais avec le ridicule en plus. D’un point de vue esthétique, la danse, comme toute scène chorégraphiée, est du pain béni pour un réalisateur. Ici, la caméra à l’épaule suit de façon saccadée les mouvements des danseurs. Aucune idée originale de réalisation ne vient mettre en valeur les belles chorégraphies. Les scènes hors danse sont elles traitées avec austérité, mettant en avant des dialogues calibrés pour le conte. Tous les effets les plus cinématographiques (effets spéciaux impossibles ou voix-off pour rappeler ce qui a été dit précédemment) sont d’une lourdeur ahurissante. L’esthétique numérique suit le mouvement, avec des idées intéressantes mais pas soutenues. Le traitement des verts se transformant en bleu gris crée une véritable identité esthétique au film, mais, comme pour tout, on reste vite sur notre faim.
A vouloir faire trop de choses pour rendre hommage à un art qu’il apprécie et à un style en constante recherche de réhabilitation, Nils Tavernier rate totalement le coche, maniant les outils du cinéma avec maladresse. N’aurait-il pas été plus judicieux de réaliser une pure captation de spectacle assumée, afin de créer une ambiance et un charme particulier, que cet ersatz ? On se réjouit toutefois devant l’effort d’originalité et le fait qu’un film si différent ait pu être produit.
|
| |
|
Publié
le 26/03/2006 par Yannick Gallepie
|
| Verdict |
Un projet ambitieux mais qui manque complètement le coche. A réserver aux fans de danses classiques et de contes naïfs. |
4/10
|
|
|
|