Isabelle Huppert incarne un juge d’instruction implacable dans un cru Chabrolien en demi-teinte sur fond d’intrigue politico-financière.
On est forcément toujours heureux d’être confronté aux retrouvailles entre
Isabelle Huppert et
Claude Chabrol. Depuis
Violette Nozière en 1978, les deux acolytes semblent avoir acquis une complicité qui fait plaisir à voir tellement elle transpire à l’écran. L’actrice livre ici, comme d’habitude, une performance incroyable de naturel sans même paraître devoir faire un effort pour cela. Elle reste au demeurant fort bien entourée, en particulier par
Thomas Chabrol (fils de
Claude Chabrol), et surtout
François Berléand, tout simplement épatant. On pardonnera même à
Patrick Bruel d’être complètement à côté de la plaque puisqu’il est noyé dans le talent de ses partenaires et qu’il a malgré tout l’air d’être très investi dans son rôle.
La faiblesse du film est plutôt à chercher du côté du scénario. Celui-ci semble en effet sous-exploité. Agressif mais jamais assez, le métrage paraît étrangement contenu, comme si le cinéaste n’avait pas l’envie d’aller plus loin. Etonnant et frustrant car
Claude Chabrol avait là de quoi faire un sommet du film dérangeant lié à l’actualité mais l’on n’a qu’un film gentiment poil à gratter, finalement plus intéressé par le parcours psychologique de cette femme que par les magouilles financières sous protection des grands.
De plus, le montage est bancal pour ne pas dire hasardeux, se contentant d’enchaîner les plans avec une application scolaire parfois énervante. Les scènes sont imperturbablement reliées entre elles par le même sempiternel fondu au noir, ce qui fait perdre de l’intensité à l’intrigue et participe à la dépréciation du scénario. C’est bien dommage. On retiendra donc surtout une
Isabelle Huppert impériale, magistrale, maîtrisant à merveille les répliques parfois incroyablement culottées que
Claude Chabrol lui a mises dans la bouche, preuve que l’homme n’a pas encore tout à fait perdu la main ! On tient probablement déjà là une prétendante aux césars de l’an prochain. Pas assez osé, mais cependant assez bien mené, grâce notamment à une Isabelle Huppert royale. Son interprétation impeccable alliée à un texte souvent savoureux et mordant sont deux raisons plus que suffisantes d’aller apprécier le nouveau Chabrol.