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Critique : Kingdom of Heaven |
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On attendait avec impatience le grand retour du réalisateur de Gladiator dans un genre qu’il avait ressuscité… Résultat mitigé et bien en deçà de nos espérances.
Mais qu’est-il arrivé à Ridley Scott ? Comment un cinéaste, d’habitude si original et si inspiré est-il parvenu à livrer un simple produit Hollywoodien, certes plaisant et de bonne facture, mais insipide et sans âme ? Voire frustrant, car on sent que le film a été sacrifié sur la table de montage. Et effectivement, on apprendra plus tard que près d’une heure de film a été coupée en vue d’une sortie en DVD Director’s Cut. Le cynisme mercantile semble ne plus avoir de limites.
La première chose qui choque dans ce Kingdom of Heaven c’est son héros, incarné à grand peine par un Orlando Bloom incapable de donner une consistance à ce Balian, chevalier déchiré et torturé. Une impardonnable erreur de la part d’un Ridley Scott connu pour ses castings intelligents et audacieux (on se souvient de Harrisson Ford dans Blade Runner, de Harvey Keitel dans Les duellistes, de Sigourney Weaver dans Alien…). D’autant plus que Orlando Bloom ne peut éviter la comparaison fatidique avec le magistral Maximus de Russel Crowe. Fatal. Eva Green, quant à elle, ne brille guère par son charisme et affiche une unique expression de visage du début à la fin du film. On attendait mieux de ses premiers pas sur la scène internationale.
Cependant, il faut avouer que le reste du casting est impressionnant et très efficace : Liam Neeson, Brendan Gleeson, Jeremy Irons, Marton Csokas, David Thewlis, ou encore le royal Ghassan Massoud sont tous excellents. Et même un Edward Norton dissimulé des pieds à la tête pour cause de personnage lépreux parvient à acquérir une présence et une dimension incroyables. Tous éclipsent bien facilement le jeune Orlando Bloom, mais là encore on ne peut qu’imaginer les dégâts que le (dé)montage leur a fait subir, et tout particulièrement à Jeremy Irons et à son malheureux Tiberias. De plus, le scénario s’évertue à décrédibiliser les protagonistes par une accumulation d’incohérences dans leurs actions et leurs déplacements. Autre point faible du scénario : son aspect politiquement correct. Certes, dans le contexte diplomatique actuel on ne peut pas réellement reprocher à Ridley Scott d’avoir voulu donner le beau rôle aux musulmans. Mais le trait est ici porté jusqu’au manichéisme avec des chrétiens avares, sans pitié et intolérants d’un côté, et des musulmans pacifiques, courageux et nobles de l’autre. Et pour ne pas faire de jaloux, Balian est présenté comme athée. On se lasse bien vite d’un schéma aussi réducteur. Mieux vaut également ne pas trop s’attarder sur la part de réalité historique de la chose sous peine de prendre quelques frayeurs (ou quelques fous rires).
Mais enfin, il faut reconnaître que d’un point de vue purement technique, Ridley Scott n’a pas perdu la main. La mise en scène est dynamique et efficace, les batailles prenantes et toujours aussi spectaculaires. Les gorges sont tranchées, les crânes s’ouvrent, les cages thoraciques explosent (un air de déjà vu peut-être ?), le tout sur les airs lyriques de Harry Gregson-Williams, spécialiste du film d’action. La photo de Dody Dorn est magnifique, les costumes de Janty Yates sublimes, les décors de Sonja Klaus magiques, aucun doute là-dessus : chaque dollar a été utilisé pour que le spectateur en ait plein les yeux.
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Publié
le 09/07/2005 par Sabine Garcia
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| Verdict |
Nous avons donc là un film techniquement inattaquable et impressionnant, mais sans passion et gâché par un massacre de script et de montage, ainsi que par une tête d’affiche absolument improbable. Dommage, car le sujet s’annonçait passionnant, d’autant plus qu’il était pris en main par un réalisateur qui avait déjà fait ses preuves dans ce type d’œuvre. |
6/10
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