Pour son second film, Toi et moi, Julie Lopes-Curval s’entoure d’un joli casting composé notamment de Julie Depardieu et Marion Cotillard.
Cinq ans après son drame
Bord de mer, Caméra d’Or au festival de Cannes en 2001,
Julie Lopes-Curval passe à la comédie, tout en continuant de se questionner sur la possibilité de changer de vie, avec
Toi et moi. On y suit Ariane, trentenaire paumée écrivant des romans-photos. Elle est engagée dans une relation avec Farid, jeune homme au comportement mystérieux qui affirme l’aimer mais semble tout faire pour ne pas lui prouver. Pour ses récits à l’eau de rose, Ariane s’inspire, et embellit, les situations vécues par elle et sa demi-sœur Lena. Cette violoncelliste habite avec son ami François, un professeur. Leur vie commune est loin d’être aventureuse et leur relation en pâtit. Pour les deux jeunes femmes, le dernier recours avant l’échec de leur vie semble être le changement total, symbolisé par un homme. Ariane est courtisée par Pablo, un ouvrier espagnol qui travaille chez ses voisins. Lena, elle, en tournée à Londres avec son orchestre, vient de vivre une grande passion, plus ou moins platonique, avec Mark, un soliste, alors que François lui avoue son envie d’avoir un enfant. Les scénaristes
Julie Lopes-Curval et
Sophie Hiet articulent ce récit par le rapport entre la réalité et les romans-photos écrits par Ariane.
Toi et moi est typiquement le genre de film qu’on sent doté d’un univers propre et bourré de bonnes idées. Effectivement, ce charmant film générationnel réserve beaucoup plus de créativité que sa version masculine,
Célibataires, qui l’a précédé d’une semaine. La grande idée du film est l’utilisation de courts passages en roman-photo qui font mouche. Le graphisme est ridicule et les voix-off savoureuses. Il s’agit de la seule figure de style d’une réalisation sobre. On s’attache au côté charmant et coloré du film, grâce à ses deux personnages féminins paumés très bien campés par
Marion Cotillard et
Julie Depardieu. Malheureusement,
Toi et moi se révèle décevant. Si la découverte de l’univers et du concept est plaisante, on dépasse vite l’arbre qui cache la forêt pour se rendre compte que le film tourne en rond. L’écoute pour la première fois de la voix-off d’un personnage amène de grands éclats de rire. Sa seconde apparition fait sourire. A la troisième, les réactions sont presque nulles. Pour tenir son concept,
Julie Lopes-Curval est obligé de recourir à des liens entre réalité et fiction assez tirés par les cheveux par moments.
Avec un concept qui prend l’eau, le jeu entre le roman-photo et l’histoire principale devient de plus en plus dur à tenir. La valeur parodique qu’amenaient les petits modules se perd au fur et à mesure. On se retrouve donc face à un roman-photo animé. Si l’on ferme les yeux, l’interprétation et le style d’écriture ne nous permettent plus de différencier l’intrigue principale des modules. L’aspect totalement à l’eau de rose de l’histoire et les défauts de réalisation se révèlent. Coincée entre le cynisme envers un genre désuet et le fait de le pratiquer, la position semble difficilement tenable. Absorbée par ce qu’elle semblait vouloir parodier,
Julie Lopes-Curval paraît avoir oublié que le cinéma a fait mieux comme moyen de traiter une histoire d’amour que le roman-photo animé ! Peut-être les fans inconditionnés de beaux sentiments et du charme, indéniable, des deux actrices principales y trouveront leur compte. Pour la parodie de roman photo, la référence restera celui récréé en live par Les Nuls et
Gérard Darmon. Une fois la découverte de son concept digérée, Toi et moi se révèle décevant, sacrifiant son originalité sur l’autel d’une histoire d’amour digne d’un roman photo.