Au début, il y avait les films en noir et blanc. Quelques années et quelques révolutions technologiques plus tard, les films d’animation, où les acteurs n’étaient que purement et simplement virtuels, apparaissaient. Renaissance est au croisement des deux. Via la technologie de la Motion Capture, Renaissance est un film d’animation avec de vrais acteurs. Une épopée qui nous change bien des habituels travaux de Disney ou Dreamworks.
Nous sommes à Paris. La ville est telle qu’elle a toujours été : paradoxale dans son subtil mélange d’architecture classique et moderne, à la fois inquiétante et familière. Mais tout est plus grand, plus sombre. Beaucoup plus sombre. Les caméras, surveillant les moindres faits et gestes des citoyens, donnent à la ville une touche orwellienne de mauvaise augure… Et il y a aussi ces écrans gigantesques sur les toits qui diffusent inexorablement les images d’une vieille femme rajeunissant à vue d’œil en répétant machinalement : « Avec Avalon… Je suis belle… Pour toujours. ». Mais j’allais oublier : nous sommes en 2054. Ceci explique cela. C’est donc dans ce cadre, pour le moins sordide, que la jeune Ilona Tasuiev, scientifique de renom et employée d’Avalon, se fait enlever, quelques minutes après une dispute avec sa sœur aînée. On envoie alors Karas à sa rescousse. Karas, c’est un peu l’incarnation de la classe à la française, le mauvais flic, la terreur du criminel, le beau ténébreux qui ne parle jamais pour ne rien dire et qui dessoude les mauvais garçons sans états d’âme, la clope au coin des lèvres. Son enquête prendra vite une tournure étrange et le conduira à de grandes révélations sur le passé de certains.
Si ce scénario peut sembler à première vue classique, il en va tout autrement de son déroulement et surtout du cadre dans lequel il se déploie. Explication : Renaissance, comme le clame son réalisateur, est avant tout une expérience graphique, la tentative de proposer un esthétisme nouveau, et le choix du noir et blanc n’est pas en soi un parti pris graphique. En fait, c’est la manière dont il est utilisé qui donne à ce film sa saveur si particulière. Les personnages et certains décors semblent être faits de lumière tandis que les reliefs n’apparaissent qu’au gré des ombres… On n’aperçoit donc que ce qui est parfaitement clair, autrement dit important. Le peu de plans larges renforce cette impression de « pureté », comme si seul ce qu’il y avait à voir était visible. Le reste des décors n’est qu’à l’état de silhouette, et il en est de même pour l’histoire du film. On sait par exemple qu’Avalon est une société gargantuesque, mais sans jamais savoir à quel domaine elle appartient précisément. C’est ce traitement si particulier à tous les niveaux qui fait de Renaissance un film d’une rare originalité et d’une qualité remarquable.
Malgré son indéniable caractère, l’œuvre de Christian Volckman est entachée de quelques défauts évidents, dus aux moyens limités dont il a disposé : on aperçoit bon nombre de publicités pour des produits bien réels, suffisamment bien intégrées à l’univers pour ne pas choquer, mais trop visibles pour être ignorées. Quelques personnages se ressemblent étrangement, et certains modèles ont un aspect plastique déplaisant (particulièrement pour ce qui est des rides et cheveux en gros plan), mais cela reste ponctuel et passer outre ces détails n’est pas difficile. Malgré ces quelques bémols, je ne saurais donc que trop vous recommander ce Renaissance, ne serait-ce que pour vous rassurer : l’originalité a encore son mot à dire au cinéma !
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