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Critique : Ronde de nuit |
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Après trente ans d’exil à Paris, le réalisateur argentin Edgardo Cozarinsky revient dans son pays pour brosser le portrait de sa ville natale, Buenos Aires.
Un peu plus de deux ans se sont écoulés depuis Dans le rouge du couchant, film courageux dans lequel le metteur en scène donnait la part belle aux acteurs. On pouvait y voir entre autres Marisa Paredes, Bruno Purzulu et Aurélien Recoing (en ce moment à l’affiche du très noir 13 (Tzameti)). Ronde de nuit se distingue en cela de son prédécesseur. Pas de stars ici, ni même de noms connus. En effet, bien que coproduit par la France, le film a été financé par l'une des plus grosses boîtes de production d’Argentine, Cine ojo. Et ça tombe bien car le film, par le biais de son personnage principal, y traite de la vie à Buenos Aires.
Victor, jeune homosexuel argentin passe ses nuits à errer dans les rues de la capitale. En une unité de temps (le 31 octobre, veille de la fête des morts), le réalisateur va s’appliquer à décrire le parcours de son protagoniste à travers les rencontres de ce dernier (les amis, le policier qui le protège), ses préoccupations (trouver de l’argent en vendant son corps, en dealant de la drogue) et les lieux qu’il fréquente (les rues, les saunas, les soirées privées, les bars…). A partir de cette base fictionnelle, le cinéaste va faire œuvre de documentariste. Décrire la vie de Victor, c’est également s’imposer la vision d’une ville qui a bien changé depuis la dictature militaire de Jorge Videla malgré les différences de classes sociales et de statuts qui subsistent toujours à l’intérieur d’une population hétéroclite.
Dans cette déambulation nocturne, on croisera ainsi les riches clients qui se paient le luxe d’un bref moment de plaisir mais aussi les marchands de rues, les ramasseurs d’ordure, les SDF, bref tous ceux qui vivent encore sous la coupe d’une « marginalité » soigneusement entretenue et sans cesse renouvelée. Cependant, point de misérabilisme ici. En effet, Victor n’est jamais représenté comme une victime et quels que soient les situations, elles nous sont montrées avec une infinie douceur. L’autre talent de Edgardo Cozarinsky est d’avoir su insuffler de l’onirisme à l’intérieur d’un scénario qui n’occulte pas la réalité. Pour accentuer cela, le réalisateur a choisi de tourner en DV ce qui, à priori, comportait de grands risques. Souvent utilisée à mauvais escient, la vidéo, qui tend à se généraliser, a rarement été aussi bien exploitée pour mêler la forme et le fond de l’objet cinématographique.
Raccourci de quelques minutes depuis sa projection au 11ème festival de films gays et lesbiens de Paris, le film a été remonté évitant ainsi certaines scènes répétitives qui ne faisaient pas avancer le récit. La narration de Ronde de nuit reste cependant d’une grande lenteur et malgré sa force, on ne le conseillera qu’aux amateurs de films contemplatifs. Ceux-ci seront sûrement happés par cet univers fascinant qui parle aussi de la prise de conscience et donc de la perte de l’innocence. Effectivement, c’est à l’aube que Victor (magnifiquement interprété par Gonzalo Heredia) comprendra que malgré sa jeunesse, c’est la mort qui l’attend au bout du chemin. Le film se fait alors universel et nous dit tout le besoin et la nécessité qu’il y a de profiter du temps présent. Ode à une ville qui trouve son identité dans les plus grandes contradictions, le film devient peu à peu une ode à la vie. Et dans les deux cas, on en sort bouleversé.
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Publié
le 26/02/2006 par Christophe Hachez
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| Verdict |
Edgardo Corazinsky nous offre une œuvre superbe. Sa mise en scène est en plein accord avec son propos et cette ronde de 80 minutes s’avère pleine de lucidité et de luminosité. Nullement un cinéma facile d’accès, certes, mais les spectateurs qui feront un effort pour pénétrer dans l’univers personnel du réalisateur en seront remerciés au centuple. |
8/10
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