Critique : Syriana

Critique : Syriana

Déjà réalisateur d’un film qui est sorti en direct to video en France, Stephen Gaghan, scénariste reconnu pour son travail sur Traffic, revient derrière la caméra avec Syriana , film politique sur le pétrole.


Dernier film de la vague politique qui a touché les productions américaines cet hiver, Syriana est la nouvelle production du duo Soderbergh/Clooney via leur société Section 8. Il s’agit d’une affaire de famille puisque le film est scénarisé et réalisé par le scénariste de Traffic et joué par Matt Damon et par le réalisateur de Good Night, and Good Luck.. Le groupe se retrouve pour ce qu’ils apprécient tout particulièrement : un film engagé. Ils décident de s’attaquer au lobby du pétrole, l’un des problèmes fondamentaux des Etats-Unis. Stephen Gaghan traite son sujet de la même manière que Traffic, avec une structure en film choral, en se basant sur le livre témoignage de Robert Baer, « La chute de la CIA ». L’histoire se passe alors qu’une grosse compagnie pétrolière texane, Connex Oil, vient de se voir refuser une exploitation en Iran au profit d’une société chinoise. Le Prince Nasir n’est alors plus en odeur de sainteté auprès de la CIA et Connex Oil rachète la petite compagnie Killen, qui, elle, vient d’obtenir un gisement important. Les doutes de corruption pour l’obtention de ce dernier gisement font que l’avocat Bennet Holiday doit mener une enquête. Bob Barnes (transposition de l’auteur Robert Baer interprété par Clooney) est l’agent de la CIA chargé de s’occuper du Prince Nasir. De son côté, Bryan Woodman (Matt Damon) est un expert comptable d’une petite compagnie qui perd son fils lors d’une réception chez l’Emir d’Iran. Et comme le dit l’accroche de l’affiche, « tout est lié ».

Syriana
A la lecture de ce synopsis interminable, le gros problème de Syriana est tout de suite apparent. Stephen Gaghan s’est laissé emporter par son sujet et a multiplié ses points de vue tout droit sortis de Traffic (il semblerait que des coupes au montage nous aient épargné encore deux ou trois personnages). Oubliant les règles de bases d’un film, il crée de nombreux personnages essayant d’épuiser un thème aux ramifications interminables. De ce fait, si l’on comprend les enjeux malgré une certaine confusion, on n’arrive jamais à s’accrocher aux protagonistes, ces derniers défilant en toute vitesse devant nos yeux. L’empathie avec les personnages ne peut commencer que dans les dix dernières minutes. Les deux précédentes sont une brillante thèse sur le lobby du pétrole qui trouverait sa justification à l’écrit mais qui est loin de ce que doit être un film. Comme une figure obligée pour s’affirmer au plus haut niveau et montrer combien il est génial, Stephen Gaghan réutilise la structure de Traffic comme une figure imposée. Contrairement à cet exemple où la multiplicité des points de vue apportait vraiment quelque chose, cette fois, il s’agit d’une seule intrigue. « Tout est lié » donc une seule enquête menée par l’avocat Bennet Holiday ou par l’agent de la CIA Bob Barnes aurait suffi à saisir le cœur du sujet (épuiser ce thème est une utopie, il faudrait une série à la hauteur de l’excellente The Wire pour le faire) et à s’accrocher à au moins un personnage. Dans la galerie de rôles proposés ici, une bonne partie n’apporte rien au propos, tel celui de Bryan Woodman. Le background que le scénariste essaie désespérément d’apporter à ses héros (comme la relation père/fils pour l’avocat) est absolument raté. Le summum est atteint par l’histoire du kamikaze, traitée en trois scènes, à des années lumières de Paradise Now, un excellent film sur ce sujet sorti en septembre 2005 dans les salles obscures.

Syriana
Heureusement, le film est tenu par une solide interprétation avec mention spéciale pour George Clooney, loin de son image de séducteur avec ses 15 kilos en plus et sa barbe. Le rythme paie bien l’overdose d’informations du scénario. Le réalisateur filme en caméra épaule, ce qui apparaît logique pour un film d’enquête. Loin d’être un incapable, il se fend de quelques beaux plans et les deux scènes qu’ont gardera en mémoire sont deux séquences où il réalise vraiment et où il s’intéresse vraiment à ses personnages (dans des positions peu confortables). Au final, la structure complexe du film apparaît comme une forme de simplicité à l’heure où les autres films politiques ont réussi à investir d’autres genres pour rendre leur propos encore plus efficace.
 
Publié le 24/02/2006 par Yannick Gallepie

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Verdict
Décevant, Syriana s’étouffe sous l’ambition de son propos et de sa structure qui, même si elle avait déjà fait ses preuves, n’est peut-être pas adaptée ici.
5/10



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