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Critique : Marock |
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Après avoir créé la polémique dans son pays d’origine, où il n’est toujours pas sorti, Marock, teen-movie marocain, arrive en France.
Marock est le premier long-métrage de la réalisatrice et scénariste marocaine Laila Marrakchi. Comme beaucoup, elle s’oriente donc vers sa propre vie pour nous livrer un récit plus ou moins autobiographique. Elle décrit son milieu d’origine, les quartiers aisés de Casablanca. Rita y vit entourée de ses amis, aussi bien garçons que filles, n’hésitant pas défier l’autorité. Cette jeunesse dorée est complètement occidentalisée, jonglant entre boîtes de nuit, alcool et grosses voitures. Rita, elle, est fascinée par Youri, jeune homme qui roule des mécaniques. Mais dans un milieu fermé sur lui-même où les valeurs religieuses et les confrontations ethniques sont parfois encore présentes, la romance entre le juif et la musulmane n’est pas forcément aisée. Laila Marrakchi part de cette histoire d’amour basique (Roméo et Juliette au Maroc) pour signer un teen-movie très réussi qui monte en puissance au long des minutes. A la fois drôle, lorsqu’il joue aussi bien sur l’opposition entre les générations qu’entre les sexes, et triste, il s’agit d’un film que la production française n’a jamais réussi à faire en France. Sans grande prétention, il saisit juste une ambiance d’un point de vue féminin, sensible et sensuel à la fois. Il évite l’écueil de la vulgarité gratuite qui arrive très vite lorsque l’on suit des adolescents. L’utilisation de la musique connue est bien sûr au rendez-vous. La réalisatrice s’en sert pour des moments proches de clip réussis. Les acteurs, pour la plupart dans leurs premiers rôles, jouent bien. Assez maîtrisée pour un premier film (l’influence d’Alexandre Aja, réalisateur de Haute Tension et bientôt de La colline a des yeux, en conseiller artistique et technique ?), la thématique de la sécurité routière est toutefois assez lourde.
Le sujet peut paraître assez vain en France. Toutefois, il s’agit, malgré son apparence simpliste, d’un film profondément intelligent. Sélectionné dans la section Un Certain Regard au festival de Cannes et dans une pléiade d’autres festivals, Marock fait polémique dans son pays d’origine. Représentant ce qui est, selon l’avis de ceux qui l’ont vécu, la réalité pour une minorité de la population dans les années 90, le film a choqué par son propos religieux. En effet, fidèle à l’esprit qui a imprégné son adolescence, Laila Marrakchi préfère filmer des culottes que des voiles. Les adolescents vivent leur religion comme une croyance et non comme un mode de vie. Les propos ne sont pas forcément tendres envers Mao, frère de Rita qui connaît un retour vers le spirituel. La morale du film est simple mais horripile certains : les jeunes préfèrent l’amour à la religion. Laila Marrakchi retranscrit bien la réalité sociale qu’elle connaît. Les difficultés de concilier la religion musulmane et un mode de vie occidentalisé sont présents. Elle saisit aussi les côtés plus sombres de cette jeunesse dorée, comme les sacrifices que les jeunes sont prêts à faire pour garder leur niveau de vie. Certains lui reprocheront le fait de ne décrire qu’une partie infime de la population du Maroc. Cependant, cette description fidèle réjouira tous ceux qui connaissent ce milieu. Ceux qui sont étrangers à cela feront une intéressante plongée dans une face cachée de ce pays et seront touchés par une histoire d’adolescent universelle.
Sous ses airs de teen movie romantique à l’américaine, Laila Marrakchi a su traiter un thème qui lui était cher de façon intelligente. Encore un bon point à mettre dans l’escarcelle de Lazennec Productions, société qui se fait rare mais qui, en prenant des risques, a notamment produit les deux premiers films de Mathieu Kassovitz.
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Publié
le 20/02/2006 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
Un très bon teen movie qui prend une autre dimension grâce à son inscription sociale. |
7/10
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