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Critique : Nouvelle cuisine |
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Après avoir été diffusé sous forme d’un segment du film 3 extrêmes, voici le long métrage qui va vraiment vous rassasier.
Après avoir fait partie de la compilation 3 extrêmes en mai 2005, voici que Fruit Chan nous livre sa version longue de Nouvelle cuisine, conte fantastique pour lequel il vaut mieux avoir le cœur bien accroché. Une actrice sur le déclin, approchant la quarantaine, veut retrouver sa beauté d’antan pour reconquérir son mari volage. Elle fait appel pour cela à une femme un peu spéciale, se réclamant docteur, qui prépare des raviolis étant censés ralentir les effets de la vieillesse.
Nouvelle cuisine peut être apparenté à un conte moderne rempli de cruauté et de lucidité sur l’état actuel des choses de notre société. Bien sûr, le thème majeur du film est la course à la beauté que l’on subit tous les jours dans une société où le physique règne en maître. Il brosse un portrait pertinent de la détresse et de la dépendance des gens vis-à-vis de la beauté à travers cette femme attachante et pathétique à la fois. Fruit Chan fait baigner son récit dans une atmosphère poisseuse qui colle au plus près à l’histoire et est portée par une photographie de toute beauté, signée Christopher Doyle, un habitué des films de Wong Kar-Waï. Il instaure un thème également souvent traité dans les films fantastiques, le pacte avec le diable en échange d’un bienfait, ici matérialisé subtilement entre l’actrice et la femme qui se prétend docteur, dont le personnage est psychologiquement fouillé, évoluant du statut de simple fantaisiste à celui de réellement trouble. Bai Ling hérite ici sans aucun doute de son rôle le plus intéressant. Elle fait véritablement passer toute l’ambiguïté de son rôle pour finir par être véritablement envoûtante, à la fois follement sensuelle et inquiétante. Elle livre ici un beau face-à-face avec Myriam Yeung, parfaite dans son rôle d’actrice sur le déclin, se morfondant en voyant ce qu’elle n’est plus. Le duo féminin est bien soutenu par Tony Leung Ka Fai, qui incarne de belle manière un homme regroupant toutes les caractéristiques de la vanité masculine.
Fruit Chan nous livre une mise en scène habile dans laquelle la montée de la tension est savamment orchestrée et bien appuyée par une bande-son efficace. Il parsème ça et là des scènes qui instaurent un réel malaise mais le fait toujours avec une grande subtilité sans jamais verser dans la débauche d’effets superflus ou le gore à outrance. A vrai dire, la plupart des scènes dérangeantes se déroulent hors-champ mais ont toute une réelle puissance rien que par leur évocation. C’est vraiment fort et il arrive même à faire passer un élément au premier abord choquant (le cannibalisme) en l’utilisant d’une noble façon pour effectuer une montée encore plus forte dans l’horreur. On ajoutera à cela des dialogues incisifs bourrés d’humour noir qui dépeignent avec justesse la réalité. Le film n’hésite pas non plus à être engagé en citant clairement la politique de l’enfant unique qui a lieu dans certains pays asiatiques. C’est aussi là la force de ce métrage qui fait passer au spectateur toute une panoplie de sentiments clairement opposés en réussissant à garder une unité et une profondeur qui fait qu’on ne peut décrocher son attention. Le film est au bout du compte une expérience sensorielle unique et un petit bijou du fantastique.
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Publié
le 09/02/2006 par Cyril Perraudat
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| Verdict |
La version longue de la Nouvelle cuisine de Fruit Chan est un conte effrayant et captivant porté par deux actrices, Bai Ling et Myriam Leung, en très grande forme. A consommer sans modération ! |
8/10
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