Fruit Chan, le hongkongais,
Park Chan-Wook, le coréen, et
Takashi Miike, le japonais, signent trois courts-métrages d’angoisse et les réunissent dans une œuvre explorant un des genres phares du cinéma asiatique.
Le premier court-métrage réalisé par
Fruit Chan,
Nouvelle cuisine, raconte l’histoire d’une femme à la recherche d’une nouvelle jeunesse qui se nourrit des raviolis d’une étrange cuisinière. Le réalisateur hongkongais, le moins connu dans notre contrée, signe le segment le plus réaliste et le plus cruel du film. Il commence son récit dans l’horreur implicite, s’attarde sur ces raviolis dont on ne sait pas de quoi ils sont faits, on ose juste le supposer… Le cinéaste laisse notre imaginaire nous provoquer des frissons dans le dos. La beauté esthétique des plans ne fait qu’accentuer l’impression de cruauté. Jusqu’au moment où Chan nous révèle que les raviolis sont faits en fœtus, ce dont on se doutait fortement. Il reprend alors le motif des raviolis qu’il avait déjà utilisé, gros plan et son amplifié, provoquant à nouveau des frissons dans le dos du spectateur. Le film vague entre la cruauté implicite des raviolis et la violence visuelle de certaines scènes pour constituer une franche réussite jusqu’à un final à répétition lassant. Le style outrancier de
Fruit Chan convient parfaitement à son sujet et au format du court métrage.
Park Chan-Wook donne lui aussi dans la cruauté outrancière, mais avec moins de réussite avec
Coupez !. Pourtant habitué à ce style avec
Sympathy for Mister Vengeance et
Old Boy, Grand Prix à Cannes, le coréen nous livre ici un jeu orchestré par un second rôle qui séquestre un réalisateur et l’oblige à choisir entre tuer une enfant ou bien que des cordes sectionnent les doigts de sa femme pianiste. Cet autre récit de la cruauté humaine est doté à la fois d’une réalisation outrancière, mais aussi d’une histoire qui ne peut plus du tout être reliée au réel. Alors que le fantastique n’y est pas présent contrairement aux deux autres segments, c’est bizarrement l’histoire à laquelle on croit le moins. Des pointes d’humour viennent ponctuer le récit. Certes les passages comme le moment où le second rôle essaie de rappeler au réalisateur qu’il l’a déjà vu sont drôles, mais ne desservent- ils pas au final le récit et l’ambiance en général ? On n’entre jamais dans ce film même si on ne peut qu’admettre ses qualités esthétiques à part un malheureux effet spécial où le réalisateur fait passer son image sur un plan en 2D particulièrement moche qui fait penser à certains raccords d’
Old Boy. Un huit cols d’ autant plus décevant qu’il était le plus attendu des trois segments étant donné la qualité de l’œuvre passée de
Park Chan-Wook.
Le film se clôt sur
La boîte de
Takashi Miike. Le récit mystérieux d’une romancière monté en parallèle avec ses cauchemars et des séquences de son passé rompt avec les deux autres segments. La cruauté outrancière laisse place à une contemplation effrayante, plus triste. L’esthétisme est une réussite flagrante à tel point que l’on a tendance à se détacher d’un récit qui paraît obscur. On est vite envoûté par la beauté des plans, telle une superbe plongée sur deux danseuses enchevêtrées, et des costumes, notamment la moitié de masque du père. Le film revient au thème de la cruauté au fur et à mesure que l’histoire s’éclaircit sans lâcher son parti pris esthétique. Il reste toutefois plus envoûtant qu’effrayant, ce qui assez surprenant pour le réalisateur d’Audition qui pure cruauté et romance. Plus ambitieux que le segment de
Fruit Chan, le court-métrage de
Takashi Miike représente la bonne surprise de
3 extrêmes. Trois courts-métrages sur la cruauté humaine à voir pour la cruauté de Nouvelle cuisine et la beauté de La boîte. Coupez ! est malheureusement une déception…