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Critique : Trois enterrements |
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A 60 ans, Tommy Lee Jones surprend tout le monde en passant à la réalisation avec Trois enterrements. Un essai couronné de succès par le Prix du scénario et le Prix d’interprétation masculine au festival de Cannes 2005.
Après un téléfilm nommé Good Old Boys réalisé il y a 10 ans et qui était déjà un western, Tommy Lee Jones passe enfin derrière la caméra pour le cinéma. Il s’attaque cette fois à un scénario de Guillermo Arriaga, auteur remarqué pour ses talentueux 21 grammes etAmours chiennes. On retrouve tout de suite la patte de cette nouvelle valeur sûre puisque le film reprend une histoire de vengeance et une chronologie éclatée à l’instar 21 grammes. Melquiades Estrada, un immigrant mexicain vivant au Texas, s’est lié d’amitié avec son patron, Pete Perkins. Suite à la mort de l’employé, le vieil homme découvre qu’un agent de la police des frontières est impliqué. Il décide de venger son ami en donnant une leçon au meurtrier. Délaissant l’histoire policière, Guillermo Arriaga met l’accent sur la psychologie des personnages. On découvre grâce à la structure éclatée l’ambivalence dans le personnage interprété par Tommy Lee Jones. On le voit en père généreux et heureux d’avoir enfin trouvé un fils et, en même temps, en homme perdu, désabusé que la mort a laissé. A travers une toile de personnages auxquels on accroche tous, le scénario devient une véritable chronique sociale du Texas. Et grâce à quelques pics assez drôles et des habitants assez étranges, cet état nous apparaît comme la version corrompue du Mexique où les gens apparaissent beaucoup plus humains.
Tommy Lee Jones appuie cette opposition entre les deux territoires. Alors que les intérieurs au Texas sont extrêmement froids, la beauté du Mexique se révèle. Utilisant une image chaude un peu surexposée, il filme longuement les décors naturels du désert au niveau de la frontière. Arrivé dans le pays, on trouve de superbes décors intérieurs où la photographie prend une toute autre ampleur. Le montage se plie de très belle façon à la structure éclatée du film. Evitant le piège d’un mécanisme systématique et trop réglé, il jongle habilement entre deux époques et plusieurs histoires liées. Restant assez proche de ses personnages pour les séquences touchant la chronique sociale, Tommy Lee Jones met en valeur ses acteurs, à commencer par lui. Lors des scènes précédant la mort de Melquiades, il incarne une sorte d’image de grand-père joyeux, il nous fait sentir que l’arrivée de ce jeune homme a été un changement positif dans sa vie. Il se révèle plus dynamique que son employé. Au contraire, dans les scènes qui suivent l’évènement, on redécouvre Tommy Lee Jones. Il joue avec son physique d’homme de 60 ans. Le coup de vieux pris entre les parties est frappant tout en évitant de surjouer. Sans paroles, il arrive à gérer sa nouvelle apparence vieillissante pour exprimer les émotions et se place ainsi parmi les grands acteurs de western qui ont su jouer sur cela.
Touchante ode au Mexique, à la nature, doté d’un scénario à personnages forts, le film Tommy Lee Jones, basé sur le travail du talentueux Guillermo Arriaga, frappe un très grand coup. Méritant les prix qui lui ont été accordés, l’acteur a peut-être signé un long-métrage à la hauteur de ce qu’avait fait Charles Laughton avec son unique film, La nuit du chasseur.
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Publié
le 01/12/2005 par Yannick Gallepie
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| Verdict |
Une magnifique première réalisation, chronique sociale à la fois acerbe et touchante. Assurément un grand film. |
8/10
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