Critique : Joyeux Noël

Critique : Joyeux Noël

Décembre 1914 dans les tranchées, des soldats allemands, écossais et français vont fraterniser le temps d’une nuit… L’Histoire les a oubliés mais le cinéma ne les oubliera pas.


Le pitch de Joyeux Noël présageait un film plein de bons sentiments et consensuel. On redoutait même l’œuvre formatée afin de faire l’apologie d’une certaine conception de l’Europe politique unie.
Grossière erreur.

Joyeux Noël
Superproduction co-produite par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Royaume-Uni et la Roumanie, Joyeux Noël annonce la couleur dès les premières minutes : les enjeux sont bien plus importants qu’il n’y paraît. Devant un tableau noir, trois écoliers défilent et récitent dans leur langue maternelle les petits discours appris dans les livres de cours. D’une voix calme et posée, ces petits garçons de 10 ans à peine déclament sagement « Il faut tuer tous les allemands. », « Tu connais cet ennemi : l’Angleterre. » ou encore « La France a besoin de toi. ». La scène dure peut-être deux minutes seulement mais elle est d’une efficacité redoutable et d’un réalisme terrifiant. Puis tout s’enchaîne : présentation des personnages principaux, de la situation, des enjeux, etc… Classique ? Oui et alors ? Rapide et efficace, elle ne se contente pas d’aligner ses problématiques ou ses thèses de développement mais se concentre sur la seule et unique chose dont personne ne semblait pouvoir se préoccuper à l’époque : l’humain.

Joyeux Noël
L’art de mêler la petite histoire à la grande n’est certes pas follement originale au cinéma, et d’autres que Christian Carion l’on fait avec beaucoup plus de talent que lui. Mais le réalisateur ne cherche pas à atteindre le niveau du Kubrick des Sentiers de la gloire. Humble mais pas effacé, il s’appuie sur ses interprètes. Quoi de plus normal pour un film centré sur l’humain ? D’autant plus que ces derniers sont tous exceptionnels. Si des vétérans comme Gary Lewis, Bernard Le Coq ou Ian Richardson n’avaient certes pas besoin d’une telle confirmation, la jeune génération représentée par la fine fleur du cinéma européen assure une composition éclatante. Diane Kruger, (mal doublée dans les scènes de chant mais qui s’en préoccupera ?) et son compatriote Benno Fürmann délivrent une partition sensible et à fleur de peau, le quasi inconnu Steven Robertson est magistral, Dany Boon est attendrissant au possible. Daniel Brülh est merveilleux comme à son habitude, et notre plaisir de revoir sur les écrans le héros de Good Bye Lenin ! se double de la bonne surprise de l’entendre parler un français presque parfait. On se prend alors à rêver d’un retour sur nos terres du jeune allemand… Mais la plus grande surprise du casting réside dans l’interprétation sans fautes de Guillaume Canet. Celui qui, il y a quelques années encore, n’était qu’un minet pour adolescentes qui n’intéressait personne, a acquis depuis Mon idole une aura et un respect que l’on n’aurait jamais soupçonnés. Réalisateur prometteur, scénariste pointu, il devient à présent un acteur subtil et nuancé et s’offre le luxe de livrer la meilleure performance du film. Son face à face final avec Bernard Le Coq est un monument d’émotion déchirant.

Joyeux Noël
De l’émotion, il y en a à profusion dans le film de Christian Carion, mais ce dernier parvient au tour de force de ne jamais tomber dans le tire-larmes malvenu. Ainsi, la scène de l’Ave Maria, prévisible et attendue, n’en constitue pas moins l’un des sommets du film. La musique de Philippe Rombi, compositeur attitré de François Ozon, majestueuse et profonde, offre un écrin précieux et magique à une histoire qui ne l’est pas moins. Rombi peut légitimement prétendre au titre de meilleur compositeur français actuel, non loin d’Alexandre Desplat (De battre mon cœur s’est arrêté, Une aventure…).

Joyeux Noël
Hymne à l’espoir, leçon d’humanité, le film est tout cela à la fois. Mais au-delà du rappel historique, Joyeux Noël est aussi porteur d’un message universaliste et intemporel. Nul besoin d’être un expert en politique contemporaine pour voir dans le sermon belliciste de l’évêque Bishop (Ian Richardson) une référence directe à un certain président… Et c’est probablement là que réside toute l’importance du film. Un devoir de mémoire, ce n’est pas mettre un bouquet sur une tombe tous les 11 novembre, mais bien se rappeler que l’Histoire est là pour nous empêcher de refaire les mêmes erreurs. Joyeux Noël vaut bien mieux que toutes les cérémonies officielles et autres hommages formatés dont nous sommes abreuvés à dates fixes… Cette année, la France n’aura pas à rougir de son représentant aux Oscars.
 
Publié le 11/11/2005 par Sabine Garcia

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Verdict
Loin, très loin du tire-larmes à gueules de star, Joyeux Noël est un film poignant à mettre devant tous les yeux. Même les âmes les plus endurcies ne devraient pas pouvoir résister à ce splendide hymne à la fraternité, porté par des artistes en pleine possession de leur art. Magnifique et bouleversant.
8/10



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