Wim Wenders arrive avec son nouveau film, Don’t Come Knocking, où l’on retrouve son acteur principal et scénariste Sam Shepard.
Sam Shepard y joue Howard, un acteur âgé qui se rend peu à peu compte qu’il a loupé sa vie. Il décide de fuir les plateaux de son nouveau western, échappant ainsi à son mode de vie, rempli de femmes, de drogue et d’alcool. Tout le film tourne autour de ce personnage, qui se perd dans les paysages de l’Ouest américain. Fuyant à cheval, le cow-boy changera vite de moyen de transport comme il veut changer de vie. Plutôt que d’essayer de construire quelque chose comme d’autres héros de western, il décide de se faire rattraper par son âge, par son passé. Son premier point de repère sera d’ailleurs celui essentiel à l’homme mais aussi le premier qu’on quitte : sa mère, qu’il a abandonné depuis longtemps. Il nous emmène dans son errance, à la recherche d’un point d’ancrage. Cette grande silhouette qui vient d’être frappée par une prise de conscience qui le retourne est on ne peut plus touchante. Son impuissance est totale, il n’est même pas libre d’aller où il veut à cause d’un contrat qu’il a signé. Il finira par se tourner vers des fondations qu’il a déjà construites il y a longtemps sans le savoir, vers un fils et une femme qu’il ne connaît pas. Le désenchantement touchant d’Howard trouve alors son pendant dans ces personnages qu’il rencontrera. Ils semblent tous avoir déjà vécu la crise qu’il traverse, à cause de lui. Empreint de mélancolie, le film n’est toutefois pas dénué d’humour, surtout chez les personnages les plus jeunes.
La réalisation de
Wim Wenders se marie avec la mélancolie du sujet. Doté d’une belle image, son rythme lent se rapproche d’un film contemplatif. Don’t Come Knocking atteint une grande beauté dans sa gestion des flous par moments, comme lors d’une séquence dans un casino où toutes les lumières forment un fond flou lumineux. On le sait, le réalisateur allemand aime le blues. Il sème cette musique dans tout son film, lui donnant l’allure d’une grande chanson mélancolique sur un cow-boy solitaire. Le titre du film et l’histoire sont d’ailleurs cités dans des morceaux. Cette partition de deux heures est jouée par de magnifiques interprètes. La silhouette longiligne de
Sam Shepard respire autant la classe qu’elle porte le poids des années. Son visage semble pouvoir se modeler, passant de la force du héros de western au vieillard fatigué et perdu. Il trouve en Earl, interprété par
Gabriel Mann, son exact répondant. Le même physique étiré représente le mythe américain moderne qui a succédé au cow-boy, le rocker, et la même envie puérile d’échapper à toute contrainte familiale.
Jessica Lange et son jeu tout en retenu représente bien le rôle, spectatrice critique de la lutte des hommes face à leurs démons, n’essayant pas de prendre part à ces querelles qui leur sont inférieures. Cette actrice semble bizarrement liée aux films sur la recherche du père, après
Big fish de
Tim Burton et
Broken flowers de
Jim Jarmusch. Ce dernier n’est d’ailleurs pas sans point commun avec Don’t Come Knocking, les deux confrontant un mythe (Don Juan et le cow-boy) à la dure réalité de l’âge et de la paternité auxquelles ils avaient échappé depuis des siècles. Dans l’Amérique contemporaine, il ne fait plus bon être une figure de la liberté… Une belle mélodie de blues, contemplative et mélancolique, servie par des personnages intriguants que l’on a envie de suivre.