Critique : Je ne suis pas là pour être aimé

Critique : Je ne suis pas là pour être aimé

Stéphane Brizé signe ici son second film après le très touchant Le bleu des villes, sorti il y a 6 ans. On pouvait y voir une contractuelle tenter désespérément de changer sa vie en devenant chanteuse. Aujourd’hui, c’est à un autre métier « mal vu » auquel s’intéresse Brizé, celui d’huissier de justice. Cependant, autant sa « Marie pervenche » avait pour désir de lutter contre la grisaille et le destin, autant le héros de Je ne suis pas là pour être aimé, n’attend, lui, plus rien de la vie.


Patrick Chesnais est Jean-Claude Delsart, dit huissier de justice, métier repris de son père qu’il essaie lui-même d’inculquer à son fils, divorcé, en pleine dépression et, il ne tardera pas à s’en apercevoir, soumis à des problèmes coronariens (donc cardiaques). Il traîne sa vie monotone, d’ordonnances d’huissiers à son quotidien de célibataire misérable, sans compter les dimanches passés dans la maison de retraite de son père à jouer au Monopoly en lui apportant du chocolat à 80% de cacao (détail très important). Mis à la contrainte du sport par son médecin, Jean-Claude va donc pousser la porte de l’école de tango qu’il épie de la fenêtre de son bureau. Mais quelque chose dont il ne soupçonnait plus l’existence l’attend là-bas.

Je ne suis pas là...
Notons le tout de suite Je ne suis pas là pour être aimé n’est pas un film révolutionnaire. C’est une comédie mais qui n’évite pas le drame, le deuil, les espoirs passés, les ambitions perdues. Aussi, le film de Stéphane Brizé est tout sauf conventionnel puisque l’on s’attache plus aux personnages secondaires qu’aux personnages principaux. Le plus troublant d’entre eux se révèle être celui du père du protagoniste principal (joué par le formidable Georges Wilson) qui, isolé dans sa maison de retraite, se fout de tout, « engueule » tout le monde et semble être lui-même, l’incarnation fantomatique de son ancien travail d’huissier. On pourrait penser à une comédie sentimentale à la française, mais on peut également y voir un Lost in translation hexagonal. Même type d’affiche, même genre de héros fatigué. C’est plutôt à cette influence, s’il en existe une, qu’il faudra ramener le film de Brizé.

Je ne suis pas là...
Le réalisateur va ainsi s’attarder sur ce coup de coeur orchestré par les hasards de la vie mais avec une infinie délicatesse rarement vue dans le cinéma français d’aujourd’hui. Les qualités et les petits charmes qui construisent ce film reposent sur presque rien : un casting idéal, Patrick Chesnais délaissant ici son éternel rôle de clown triste pour laisser s’immiscer une fêlure dans son jeu, ce qui le rend parfaitement touchant et séducteur (il est possible, là encore de comparer sa performance avec les deux dernières rôles de Bill Murray qui, à priori sans rien faire, réussit à tout faire passer). Quant à Anne Conssigny, elle a commencé sa carrière chez des metteurs en scène comme Manuel de Oliveira en 1985 (Le soulier de satin) et Arnaud Desplechin en 2002 (Léo, en jouant dans « La compagnie des hommes ») depuis lequel elle n’arrêtera plus de tourner. Son rôle dans Je ne suis pas là pour être aimé est aujourd’hui son plus grand rôle et elle y éclate de fraîcheur, de joie de vivre mais représente également, avec une exactitude digne des plus grandes, une femme prise de panique, entre ses propres conflits.

Je ne suis pas là...
On est heureux de participer à cette rencontre fortuite là où les mots existent peu au profit des regards, des gestes, des mouvements même du tango qui sont impressionnants de sensualité sans qu’il ne s’y passe rien de sexuel. Ce film là est un une sorte de Prozac filmique, genre peu connu au cinéma si on écarte bien sur Le fabuleux destin d’Amélie Poulain qui a reçu un succès mérité il y a quelques années. On en espère autant pour ce film là, qui, sous ces aspects anodins devrait être digne d’un beau bouche à oreille.
 
Publié le 21/10/2005 par Christophe Hachez

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Verdict
A la vue du titre et de l’affiche de ce film là, on n’ose pas imaginer le plaisir qu’il va vous procurer. Alors, pour une fois qu’une comédie est une grande réussite, ne faisons pas la fine bouche et hurlons haut et fort que le film de Stéphane Brizé, dont on attend le troisième opus avec impatience, est une vraie grande réjouissance pour les yeux et le cœur.
8/10

» INFO FILM
Je ne suis pas là pour être aimé
Nom: Je ne suis pas là pour être aimé
Réalisateur(s) :
Stéphane Brizé
Acteur(s) :
Lionel Abelanski
Georges Wilson
Anne Consigny
Anne Benoit
Patrick Chesnais
Producteur(s) :
Milena Poylo
Société(s) de production :
TS Productions
Scénariste(s) :
Stéphane Brizé
Juliette Sales
Compositeur(s) :
Eduardo Makaroff
Christoph H. Müller
Genre: Comédie
Sortie FR: 12/10/2005
Sortie DVD: 19/04/2006
Classification : Tous public

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